La criminalité financière peut-elle servir le terrorisme ?

Conférence de Michel Claise, Licencié en Droit de l’ULB – Juge d’instruction en matière financière – Ecrivain

Le Mardi 5 septembre 2017 à 19 heures 30

Animation : Jean-Paul Renier

Maison des Associations – Place Jules Mansart, 17 – 7100 La Louvière

PAF : 5 euros (non-membres de l’Extension de l’ULB) – 3 euros (membres de l’Extension de l’ULB – membres UAE – sans-emplois et étudiants)

Une organisation de la section du centre de l’Extension de l’ULB, de la Régionale Picardie Laïque, du CCRC, de la Ville de La Louvière et de l’UAE


Après les attentats du 11 septembre 2011, la communauté internationale a rapidement pris des mesures de détection et de prévention pour lutter contre le financement du terrorisme. Toutefois, l’accent a trop vite été mis sur la constatation qu’un attentat de masse ne nécessitait que peu de moyens. Cette vision du micro-financement, associée directement à l’aspect spectaculaire et traumatisant des attentats, a eu comme conséquence de mettre l’accent principalement sur la détection de mouvements financiers (de l’ordre de 10.000 dollars) en relation avec des personnes déjà connues pour leurs liens avec le terrorisme islamiste, n’incluant d’ailleurs pas toujours le financement du radicalisme. Cette mission de détection fut mise à charge des Cellules de renseignements financiers, comme la CTIF en Belgique. Jusqu’ aux attentats de Paris et de Bruxelles, les informations transmises par la CTIF aux autorités judiciaires ont été insuffisamment prises en considération dans l’élaboration d’une analyse de la menace visant à prévenir la commission d’attentats. La détection du financement d’une organisation terroriste d’envergure comme l’Etat islamique, où les montants sont colossaux et liés à des opérations commerciales pétrolières, ainsi qu’à d’autres trafics lucratifs (stupéfiants, armes, diamants, êtres humains…), a été, elle aussi, quasi inopérante tant au niveau international, qu’européen. Au cours de cette période, hormis sur le plan formel, aucune véritable coordination opérationnelle des informations et renseignements disponibles, incluant l’information financière, n’a été mise en place, notamment dans notre pays.

Tout au plus, ces informations ont-elles été intégrées a posteriori dans des opérations policières et judiciaires, après la commission des attentats de Paris et de Bruxelles. Le rôle préventif de la détection des flux financier, aux fins d’évaluation des risques et des menaces à neutraliser, a été clairement oublié.

On peut donc craindre que la lutte contre le terrorisme via son financement a pâti de la faiblesse (voulue ?) des Etats à lutter contre la criminalité financière, économiques et fiscales ainsi que contre le blanchiment des capitaux illicites qui en sont issus.
On peut s’inquiéter aussi de voir encore fondre les maigres moyens alloués à la lutte contre le crime en col blanc, sous le prétexte qu’il faut aujourd’hui rassembler quasi tous les moyens d’enquête et de poursuite policières et judiciaires, pour les seuls besoins du maintien de la sécurité.

La lutte contre la criminalité financière internationale est donc reléguée encore plus loin dans les préoccupations politiques, alors que la mondialisation n’a fait, au cours des deux derniers décennies, que renforcer le pouvoir corrupteur des organisations criminelles basé sur une répartition de plus en plus inégalitaire de la richesse mondiale.

Le constat est interpellant au point de susciter une légitime indignation, mais est-ce suffisant ?